« Tu es jolie mais tu pourrais l’être plus! « 

L’histoire du jour où ma route croisa celle d’une femme accro au business de la minceur et de la chirurgie esthétique.

Au tout début de ma carrière sur Paris, je me suis formée à la réflexologie plantaire. A cette période et avant d’avoir mon cabinet quelques années plus tard, je travaillais pour des instituts de soins esthétiques, de soins minceur en tout genre et de remise en forme en proposant mes services en tant qu’auto-entrepreneur. A cette période, « maigrir par ultrasons » était une méthode encore « autorisée » dans les instituts de beauté. L’appareil avec les ultrasons c’était ce genre là, la fille qui rit aux éclats en moins..

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En résumé, on vous installait à peu près comme ça, la silhouette tonique de la dame en moins… On vous collait des patchs et des électrodes partout surlesquels on appliquait un gel de même type que celui utilisé pour une échographie, on fixait une intensité pour les ultrasons, et vous partiez pour une séance de désintégration de 35 à 45mn.

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maigrir par ultrasons

Je vous ferais grâce de mon avis au sujet de cette méthode pour maigrir parce que le simple titre de ma WEBTV: La télé bienveillante se suffit largement à lui-même.

Mme F, était une cliente habituée aux soins amincissants en tout genre qu’elle testait un peu partout dans Paris. Elle venait d’acheter de quoi réaliser 3 séances de ce soin de 40mn.

Toute l’équipe de cet institut redoutait quand Mme F. était inscrite au planning…Elle n’était pourtant venue que 2 fois mais on la disait arrogante, hargneuse, désagréable…et je dois bien avouer que pour le peu que je l’ai rencontrée, il y avait quand même du vrai.  Cachée derrière ses grosses lunettes qu’elle ne retirait jamais, Mme F, petite femme dont l’âge était difficile à estimer, raide comme un piquet, arrivait tel le diable s’habille en Prada, nous adressait séchement un bonjour du bout des lèvres avant de s’engouffrer dans le couloir qui menait vers sa cabine de soin.

La Vie m’a donné de bonnes leçons sur le jugement trop rapide que j’avais tendance à me faire d’autrui et grâce à celles-ci, j’ai appris petit à petit à éviter de juger trop facilement les gens sur un premier contact. Même lorsqu’ils paraissent désagréables, surtout lorsqu’ils paraissent désagréables…

Nos contacts avec Mme F étaient brefs car elle n’était pas une de mes clientes directes. Je l’installais parfois dans sa cabine de soin, en attendant que l’esthéticienne qui allait s’occuper d’elle se libère. Il m’est arrivé de venir également la libérer de tout son attirail à la fin de sa séance, lorsque l’esthéticienne surchargée de cellulite à déloger, donnait de ses services ailleurs. Nous ne nous parlions peu puisque le laps de temps ou j’étais présente, elle était pendue à son iphone avec des conversations si houleuse que j’avais hâte de ressortir pour m’en être mêlée le moins possible.

Le téléphone sonnait sans cesse et laissait croire à une vie sociale active mais en réalité, chaque conversation ne durait pas bien longtemps. Chaque appel se terminait dans les mêmes éclats de voix.

« Tous des rapaces… » – me disait-elle en raccrochant et en prenant une nouvelle conversation puisque le téléphone se mettait (de nouveau) à sonner.

Ce jour là, qui devait être un début de période d’été, l’esthéticienne ne pouvait pas assurer le soin de Mme F. Et je voyais bien comment l’histoire allait se terminer…j’avais un créneau de libre donc j’allais devoir rendre service. Rendre service c’était installer madame en soin et me charger de réaliser ses mensurations à la fin de sa séance. Mais si tu sais bien!.. Ce bilan de séance où les esthéticiennes s’exclament de joie devant 3 cms de tour de cuisse en moins pour lesquels il s’agit très probablement d’une perte d’eau plus que d’autre chose…j’étais enchantée!

Ce jour là, comme d’habitude le téléphone de mme F. sonnait encore. Je venais de la « détacher », de la libérer des patchs. A mon étonnement, elle ne répondit pas au téléphone. Elle se tenait debout devant moi et attendait sans mots que je prenne les fameuses mesures. Dans ma tête, je priais pour avoir quelques centimètres en moins à lui annoncer, histoire que la scène ne tourne pas au drame. Vous savez cette discussion qui commence par: « Madame, ne vous inquiétez pas, il y a 3 types de cellulite…la fibreuse…etc …il s’agit ici d’une cellulite incrustée …blablabla »

Je sentais qu’elle me laissait prendre ses mesures et en même temps qu’elle m’observait d’un oeil intrusif.

Soudain elle ouvra la bouche pour m’adresser d’un ton sec :

 » Tu es jolie mais c’est dommage que ton bas du corps soit si gros. Tu as un joli visage, un buste mince mais tes jambes, tes cuisses et tes hanches ne sont pas bien proportionnées. Tu travailles dans cet institut, tu pourrais peut-être négocier les mêmes soins que moi? ».

Mme F venait d’honorer sa réputation en toute splendeur! Elle me disait tu es jolie mais grosse …l’art de vous complimenter en vous flinguant gratuitement. A cet instant, j’étais au milieu d’un casting Elite alors que je n’avais rien demandé.

Autrefois, j’aurais été facilement blessée et déstabilisée par de telles paroles mais ce jour là, j’ai compris que j’avais fait du chemin sur mes blessures de trahison et d’injustice parce que justement je n’explosais pas, ni en larmes ni en rage, et je ne sortais pas les griffes pour me défendre. Je restais à mon étonnement très calme.

Très jeune, Mme F. avait fait carrière dans la mode et lors de ses brefs échanges au téléphone, elle racontait combien ce monde était impitoyable face au vieillissement et aux kilos en trop.

« Vous devez paraître svelte, belle et jeune en permanence. » « Aux premiers signes de l’âge, les plus jeunes jubilent déjà de se voir prendre votre place« .

Mme F n’avait certes plus 20 ans mais il était difficile d’estimer son âge réel. Ayant subi plusieurs interventions chirurgicales pour masquer les signes de l’âge, il était difficile d’en juger au naturel. En observant ses mains, je lui donnais un peu plus d’une soixantaine d’années.

J’observais donc une femme d’une soixantaine d’années, assurant soins esthétiques sur soins esthétiques, dont le corps était meurtri par la chirurgie esthétique, que la plupart des gens n’appréciaient pas au premier abord entrain de critiquer ouvertement mon apparence. En guise de réponse je restais calme et souriait. Pas le sourire ironique qui en dit long sur ce qu’on pense réellement mais à ma grande surprise, je souriais avec compassion.

Je lui répondis simplement sans bondir sur ses propos: « Voici les résultats de votre soin, je vous invite à remettre vos vêtements et je vous apporte un thé à l’extérieur de la cabine. » Et je m’exécutais, je sortais ainsi, en ne prenant pas la responsabilité de ses mots et en la laissant elle-même face à son attitude. Je sentis clairement que ma réaction n’était pas celle qu’elle s’attendait à recevoir.

Lorsqu’elle sortit de la cabine, j’eus l’impression de ne plus voir la même femme devant moi. La même femme mais pas le même corps. Cette femme qui avait habituellement la posture rigide et qui se tenait droite comme un piquet avait le dos affaissé comme si son corps était devenu lourd à déplacer. Je lui apportais son thé et sans que je ne dise un mot, elle reprit spontanément (ça donnait a peu près ça):

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Tu sais Carole, il ne faut pas m’en vouloir si j’ai été blessante. Je ne sais pas être autrement que comme ça. La vérité c’est que je suis une femme seule. J’ai passé ma Vie à côtoyer les plus belles femmes du monde, à les conseiller…et regarde le résultat. Je suis riche, je peux m’offrir tous les soins que je veux…Et pourtant je passe ma Vie de chirurgies en chirurgies sans pouvoir m’accorder la moindre parole sympathique devant un miroir. Je me hais et je hais les gens que je côtoie .Ils ne pensent qu’à mon fric. Ce truc dans ma poitrine, (me disait-elle en m’indiquant de son index son coeur) est froid, vide. Je vais probablement finir mes jours seule, ne fais pas la même erreur que moi.

Je pris le temps de m’asseoir quelques instants avec elle et j’osais alors lui répondre avec spontanéité: – « Si je ne me suis pas sentie agressée lorsque vous m’avez adressé la parole c’est parce que je ressens que vos propos sont ceux d’une femme en souffrance. Je sens que vous souffrez beaucoup, que vous avez à vous protéger et que provoquer est votre façon d’avoir de l’attention. Je comprends ce que vous avez sacrifié pour votre carrière et votre réussite dans ce milieu. Je sais que votre carapace vient de là mais il n’est pas trop tard, vous n’êtes plus obligée de vivre ni d’être comme ça. »

je continuais et osais le tout pour le tout:

« Pourquoi n’arrêtez vous pas tout ça pour profiter du temps que vous avez à vivre en menant désormais la Vie comme il vous plait? »

Je n’ai jamais revu Mme F après cette séance là et je n’ai pas su si elle mît ma suggestion en pratique. En remontant l’escalier pour sortir de l’institut, elle prononça encore quelques mots, ses lunettes dans les mains découvrant des yeux plein d’émotion. Ces mots, je les entends encore parfois parce que ceux là venaient vraiment de son coeur, celui qu’elle n’ouvrait quasiment jamais par contrôle et maîtrise de ce qu’il faut laisser paraître et qu’elle venait de m’accorder pour quelques minutes:

«  Quoiqu’on te dise sur ta beauté ou ton physique, ne laisse pas les autres s’approprier ce qui t’appartient« .

J’ai beaucoup d’émotions à raconter cette histoire et à la partager avec vous aujourd’hui. De cette rencontre, j’ai tiré mes propres leçons et peut-être que vous ferez de même. Certes, j’étais peut-être rondouilette à cette époque de ma Vie, je ne correspondais pas au physique des femmes que l’on voit dans les magazines,  mais grâce à des personnes comme Mme F., j’ai compris où je me dirigeais si je passais ma Vie à me morfondre sur mes complexes et à nourrir de telles croyances sur l’apparence.

Et vous, quelles sont les histoires qui vous ont aidés à mieux accepter votre corps? Partagez-nous vos commentaires ci-dessous.

Carole et La télé bienveillante sur les réseaux Sociaux

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